Build-up, vers quels secteurs s’orienter dans les années à venir

Publié le 27 mai 2026 I Guide pratique I Rédigé par Océane Lenain

Ce que tout le monde a déjà vécu sans le savoir

Vous avez sûrement remarqué que votre cabinet de kiné du quartier a rejoint une enseigne. Que les centres de contrôle techniques sont presque tous devenus Dekra ou Autovision. Que les pompes funèbres indépendantes disparaissent au profit de grands groupes. Que les cabinets vétérinaires s’associent de plus en plus sous une même bannière.

Ce n’est pas un hasard. C’est une stratégie d’investissement précise, que les fonds de private equity ont peaufinée depuis vingt ans : le build-up.

Comprendre le build-up

C’est quoi, exactement ?

Un build-up est une stratégie qui consiste à racheter une première entreprise, appelée « plateforme », puis à lui adjoindre une série d’acquisitions successives dans le même secteur d’activité, jusqu’à constituer un acteur de taille significative.

La plateforme (la première entreprise) est la base de tout : elle apporte la structure managériale, les fonctions support, les systèmes d’information. Les acquisitions suivantes, les « add-ons » ou « bolt-ons », viennent se greffer dessus comme des pièces supplémentaires, sans avoir à réinventer l’organisation à chaque fois.

Plus que détenir une PME rentable, l’objectif est de transformer une plateforme initiale en groupe structuré, capable d’intégrer des acquisitions successives, de professionnaliser ses fonctions support, d’améliorer sa marge et de réduire son profil de risque. Multiple de sortie plus élevé pas une hypothèse automatique > mais conséquence d’un actif devenu plus lisible, plus scalable et plus liquide.

Important : une stratégie de build-up ne se réduit pas à une mécanique financière. Elle doit reposer sur une vraie thèse industrielle : pourquoi consolider ce marché, quelles fonctions mutualiser, quelle valeur créer pour les clients et les équipes. L’arbitrage de multiple est une conséquence, pas une stratégie en soi — le marché ne paie pas un groupe simplement plus gros, il paie un actif mieux intégré, plus rentable, moins dépendant des dirigeants historiques, avec une gouvernance robuste et une trajectoire de croissance crédible.

À noter : on distingue parfois le « roll-up » (consolidation d’un marché fragmenté par acquisitions répétées d’acteurs similaires, souvent autour d’une plateforme constituée à cet effet) du « build-up » au sens strict (croissance externe autour d’une plateforme existante ou acquise). Les deux termes sont souvent utilisés de façon interchangeable dans la pratique.

C’est ce dernier point qui crée de la valeur : L’arbitrage de multiple

C’est le mécanisme central du build-up, et il faut le comprendre pour saisir l’intérêt de la stratégie.

En France, une petite PME rentable, disons 1 M€ d’EBE, se négocie généralement entre 5 et 7 fois son EBITDA. C’est le multiple de marché pour les petites structures : risque perçu élevé, liquidité faible, dépendance au dirigeant.

Mais quand votre groupe atteint 10 ou 20 M€ d’EBE, vous pouvez le revendre à 10 ou 12 fois ce montant parce que les grands acheteurs (fonds plus gros, industriels, cotation en bourse) paient une prime de taille. Les grands groupes sont jugés moins risqués, plus prévisibles, plus liquides.

En France, une petite PME rentable sera vendue à un multiple reflétant sa petite taille : faible liquidité, dépendance au dirigeant. Le multiple reflète le risque élevé perçu par l’investisseur. Pour un groupe, constitué par processus de build-up, les multiples sont plus élevés. Cela s’explique par la constitution d’un groupe de plus grande taille, plus liquide avec une rentabilité plus importante.

L’arbitrage de multiple, c’est ça le cœur du build-up :

On achète à 6x (peut varier en fonction du secteur), on revend à 11x. La différence, c’est de la valeur créée « à la structure »

En pratique, on améliore aussi les marges (synergies d’achat, fonctions support mutualisées, meilleure organisation)

Un exemple concret : le réseau vétérinaire

Un fonds rachète une clinique vétérinaire à Bordeaux. Chiffre d’affaires 2 M€, EBE 400 K€. Prix payé : 2,4 M€ (6x l’EBE). Cette clinique devient la plateforme : le fonds y installe un directeur général professionnel, un DAF, un logiciel de gestion unifié.

Pendant trois ans, il rachète huit autres cliniques dans le Grand Sud-Ouest, à des vétérinaires qui approchent de la retraite, sans repreneur familial identifié, chacune entre 1 et 3 M€ de CA. Prix moyen payé : 6x l’EBE.

Résultat fin de période : un groupe à 20 M€ de CA, 3,5 M€ d’EBE, présent sur dix sites. Cédé à un consolidateur européen pour 38 M€, soit 11x l’EBE. Pour environ 25 M€ investis (acquisitions + frais de structure), le fonds récupère 38 M€. Pas besoin d’avoir inventé une nouvelle technologie. Le secteur vétérinaire n’a pas changé. Seule la structure de propriété a évolué.

Ce scénario décrit assez précisément ce qu’ont fait des acteurs comme IVC Evidensia, Univet ou Covetrus sur le marché vétérinaire français et européen depuis 2015.

Quels secteurs se prêtent le plus au build-up ?

Tous les marchés ne sont pas consolidables. Nous avons identifié trois conditions préalables :

1.La fragmentation : le carburant du build-up

Sans cette structure de marché, pas de consolidation possible. On cherche des marchés où coexistent de nombreuses structures indépendantes de petite taille.

Les experts-comptables, par exemple : plus de 20 000 cabinets en France, dont une grande majorité de structures de moins de 10 personnes. Les professionnels de la rééducation (kinés, orthophonistes, podologues) : 178 000 structures. Ce sont des marchés « atomisés », où aucun acteur ne détient plus de 1 ou 2 % de parts de marché.

2. La rentabilité : la condition sine qua non du LBO

Le build-up s’appuie presque toujours sur un levier financier, le LBO (voir encadré ci-dessous.)

💡 C’est quoi un LBO ?

Le LBO (Leveraged Buyout) est le mode de financement quasi-universel des build-ups. Le principe : au lieu de payer 10 M€ cash pour racheter une entreprise, un fonds apporte 3-4 M€ de ses propres fonds et emprunte les 6-7 M€ restants. Cette dette est logée dans une holding de rachat et c’est le cash-flow de l’entreprise rachetée qui rembourse l’emprunt.

L’effet de levier démultiplie le rendement : si l’entreprise est revendue 15 M€ cinq ans plus tard, la dette ayant été remboursée entre-temps, les actionnaires (le fonds et les personnes clés en général) empochent la plus-value.

Or la rentabilité de la cible est clé dans un schéma de financement par LBO : sans flux de trésorerie suffisants pour rembourser la dette, la rentabilité n’est pas suffisante.

3. La « transférabilité » de la valeur : ce qu’on achète vraiment

C’est le critère le plus qualitatif, et souvent le plus discriminant.

Un cabinet de conseil en stratégie peut avoir d’excellentes marges mais si la valeur repose entièrement sur la relation personnelle entre le consultant et son client, elle disparaît le jour où le dirigeant s’en va.Une stratégie de build-up cherchera à identifier des secteurs où la clientèle appartient à la structure, pas à l’individu, où les process sont reproductibles.

4. Le stade du cycle de consolidation 

Un marché fragmenté n’est pas nécessairement attractif s’il est déjà très courtisé. Quand plusieurs plateformes se positionnent simultanément sur un même segment, les effets sont mécaniques : les prix d’entrée montent, les dirigeants de cibles deviennent plus éduqués sur les valorisations et l’arbitrage de multiple disponible se réduit. Il ne suffit pas d’identifier un secteur fragmenté ; encore faut-il être parmi les premiers à y entrer.

5. La capacité d’intégration

Le nombre de cibles disponibles ne suffit pas. Un build-up crée de la valeur uniquement si la plateforme est capable d’absorber les acquisitions sans dégrader l’exécution, la culture, la qualité de service ou les marges. L’intégration est souvent le facteur limitant — et le plus sous-estimé. Un rythme d’acquisition trop soutenu sans les ressources manageriàles adéquates est l’une des principales causes d’échec des stratégies de consolidation.

6. Le risque règlementaire

Ce critère est souvent négligé dans les analyses quantitatives  et pourtant déterminant. Un secteur peut être très fragmenté, rentable et attractif sur le papier, mais difficilement consolidable si les règles de détention du capital, d’indépendance professionnelle, d’agrément ou de gouvernance limitent l’intervention d’acteurs financiers. C’est particulièrement vrai dans les secteurs cités dans cet article : santé, expertise comptable, conseillers en gestion de patrimoine, professions réglementées. La consolidation y est possible, mais elle nécessite des montages juridiques spécifiques et une bonne connaissance des contraintes sectorielles.

Les marchés qui ont déjà fait l’objet de build-ups en France

Certains secteurs sont déjà bien engagés dans leur cycle de consolidation et permettent de comprendre la mécanique à l’œuvre.

    • Les vétérinaires : pionnier du build-up en France. IVC Evidensia (groupe JAB), CVS, Covetrus ont agrégé des centaines de cliniques depuis 2015. Le marché reste fragmenté mais les multiples ont mécaniquement monté : les belles cliniques se négocient désormais à 8-10x, contre 4-5x il y a dix ans.
    • Les dentistes : Colosseum Dental, Dentego, Jolidenta… Une dizaine de consolidateurs actifs, plusieurs centaines de cabinets agrégés. Le secteur compte encore 48 000 structures actives en 2024, la fragmentation reste très élevée malgré cinq ans de consolidation intense.
    • Les radiologues : Tevrad, Elsan, Ramsay ont agrégé des cabinets de radiologie en centres d’imagerie multi-sites. Un exemple intéressant car la consolidation a été portée par des logiques d’équipement lourd (IRM, scanner) qui justifient économiquement le regroupement.
    • Les experts-comptables : plus récent mais très actif depuis 2020. Archipel ? Numéris group, amarris, ont investi dans des groupes comme Acco ou Cerfrance pour constituer des réseaux nationaux.
    • Les conseillers en gestion de patrimoine :secteur en début de consolidation. Quelques acteurs comme Cyrus, Eres ou Apicil ont commencé à agréger des cabinets indépendants. La réglementation (MiFID II, DDA) pousse elle-même les petits acteurs vers le regroupement.

Comment identifier les secteurs à potentiel build-up ?

Un certain nombre d’indicateurs permettent d’identifier les secteurs les plus propices à une stratégie de consolidation.

En nous basant sur une approche empirique et des retours terrains, nous avons recensé les indicateurs les plus pertinents pour identifier le potentiel des secteurs candidats aux stratégies de build-up. Ils se répartissent en quatre grandes familles.

1.La structure du marché : est-il consolidable ?

C’est le prérequis absolu. Un secteur non fragmenté n’offre tout simplement pas de matière première pour un build-up.

    • Nombre d’établissements actifs : le volume brut de cibles potentielles. On cherche des secteurs avec des milliers de structures indépendantes. En dessous de quelques centaines, la masse critique est difficile à atteindre.
    • Évolution du nombre d’établissements dans le temps : un marché qui perd des établissements chaque année peut signaler un déclin structurel — ou une consolidation déjà bien avancée. À l’inverse, un marché qui en gagne est dynamique mais peut devenir moins fragmenté. La tendance compte autant que le stock.
    • Concentration du marché : quelle est la part de marché cumulée des 10 ou 50 premiers acteurs ? Un marché où le leader détient 30 % est déjà partiellement consolidé — la fenêtre d’arbitrage de multiple se referme.
    • Taille moyenne des structures : CA moyen, effectif moyen. On évite les secteurs peuplés exclusivement de micro-entrepreneurs sans salariés, où la valeur est trop dépendante de l’individu.

2. La santé financière : les cibles peuvent-elles financer un LBO ?

Sans rentabilité, pas de dette. Sans dette, pas de levier. C’est la condition sine qua non de tout build-up financé en LBO.

    • EBE/CA médian : la marge opérationnelle médiane du secteur. Un ratio inférieur à 8-10 % rend le remboursement de la dette très contraint. Entre 12 et 20 %, on est dans un couloir confortable. Au-delà de 20 %, c’est un secteur à forte rentabilité structurelle — rare et très recherché.
    • Distribution de la rentabilité : la médiane seule ne suffit pas. Un secteur où la moitié des structures sont en perte et l’autre moitié très rentables n’a pas le même profil qu’un secteur où toutes les structures dégagent 15 % de marge. L’écart-type et les percentiles racontent une autre histoire que la seule médiane.
    • Évolution de la rentabilité sur 5-10 ans : une marge qui se comprime année après année est un signal d’alerte — même si le niveau absolu reste acceptable aujourd’hui.
    • Levier d’endettement moyen : quel est le niveau de dette moyen des entreprises du secteur ? Un secteur déjà fortement endetté offre moins de marge de manœuvre pour superposer une dette LBO.

3. La dynamique de cession : y a-t-il une vague de vendeurs ?

Même si le secteur est un bon candidat, il ne se consolide pas si personne ne veut vendre — ou si tout le monde veut vendre en même temps à des prix déraisonnables. La pression vendeur est un facteur déterminant pour la disponibilité et le prix des cibles.

    • Âge moyen des dirigeants : c’est l’un des indicateurs les plus puissants et les moins publiés. Un secteur où la majorité des patrons ont plus de 55 ans représente une vague de cessions quasi-certaine sur 5-10 ans. Ces dirigeants n’ont souvent pas de successeur identifié et cherchent une sortie propre — exactement ce qu’un consolidateur peut offrir.
    • Taux de transmission des entreprises : quelle proportion des entreprises du secteur changent de mains chaque année ? Un taux élevé indique un marché de la cession actif — et potentiellement compétitif. Un taux faible peut signaler une opportunité inexploitée, ou une résistance culturelle à la cession.
    • Taux de création / disparition d’établissements : un marché où beaucoup de structures ferment sans être rachetées est un marché où la valeur s’évapore — à consolider vite, avant que la matière première ne disparaisse.

4. La dynamique du marché : consolide-t-on un marché qui grandit ?

Un build-up sur un marché en croissance bénéficie d’un double moteur : l’arbitrage de multiple ET la croissance organique du groupe. Sur un marché stagnant ou déclinant, seul l’arbitrage de multiple et l’accroissement du niveau de rentabilité travaillent.

    • Croissance du CA moyen par entreprise : les structures du secteur grandissent-elles naturellement ? Une croissance organique positive réduit la pression sur les acquisitions pour générer de la valeur.
    • Évolution de l’effectif moyen : un effectif moyen qui augmente d’année en année peut signifier que les structures grossissent —, mais la fenêtre de consolidation peut se refermer. À l’inverse, un effectif qui stagne malgré la croissance du marché indique une atomisation croissante : le terrain devient de plus en plus fertile.
    • Facteurs exogènes : réglementation (est-ce qu’elle facilite ou freine les regroupements ?), digitalisation (un secteur peu digitalisé est plus facile à consolider), barrières à l’entrée (ni trop élevées, ni trop faibles).

Nous avons calculé ces indicateurs pour l’ensemble des codes APE en croisant différentes sources de données : les données financières de 1,6M de SIREN par exercice,les données en matière d’effectifs, le nombre d’établissements, les données démographiques sur les dirigeants, etc.

Le résultat, c’est une vision en relief du tissu économique français avec un prisme adapté à cette stratégie. Il se présente sous la forme d’un scoring permettant d’identifier les secteurs dont le potentiel est le plus important.

En outre, pour un secteur donné, ces analyses peuvent permettre d’identifier les établissements ayant le meilleur potentiel pour sa mise en œuvre.

Téléchargez la liste des secteurs les plus propices au build-up selon notre analyse

    J’accepte qu’Atometrics collecte les données saisies dans ce formulaire à des fins de prospection commerciale.

    Sources des données utilisées pour le modèle 

    → EBE/CA médian : c’est l’EBE médian / le CA médian par code APE de nos données financières entre 2014 et 2024 (dont les données confidentielles)

     → Effectif moyen : ça vient des données Urssaf qui sont aussi groupées par code APE (lien dataset)

    Conclusion

    Le build-up reste l’une des stratégies les plus robustes du private equity : elle crée de la valeur de façon structurelle, indépendamment des cycles économiques, à condition de choisir les bons secteurs et de savoir intégrer des équipes.

    Les données Atometrics sur l’ensemble du tissu économique français confirment que la majorité des marchés à fort potentiel build-up restent sous-consolidés : la santé libérale, les services de proximité, certains segments des services professionnels.

    La vraie question n’est plus de savoir si le build-up peut créer de la valeur, mais dans quelles conditions il en crée encore : prix d’entrée raisonnable, marché réellement fragmenté, potentiel d’intégration, réglementation maîtrisée et plan de sortie crédible.

    Rédigé par Océane Lenain

    Océane, COO (Chief Operating Officer), assure le lien entre le produit et le commerce. Elle rédige des guides pratiques qui montrent aux utilisateurs comment utiliser les fonctionnalités de la plateforme à travers des cas d'usage concrets, facilitant ainsi leur prise en main rapide et efficace.