La transition du métier d’expert-comptable

Dans un contexte de révolution technologique, la profession d’expert-comptable est amenée à considérablement évoluer dans les années à venir 

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Depuis plusieurs années, ‘transition’, ‘mutation’ ou encore ‘bouleversement’ sont devenus des mots courants pour qualifier le métier d’expert-comptable. S’il semble désormais ancré dans les esprits que le métier d’expert-comptable se verra modifié dans le futur, l’enjeu aujourd’hui est de comprendre les causes et les impacts de cette transition pour en bénéficier.

Quelles sont les causes de cette ‘transition’ ?  

Cette ‘mutation’ supposée de la profession d’expert-comptable est tout d’abord le fruit du développement de technologies appliquées aux/par les cabinets. La première transformation majeure concerne la production comptable. Avec l’avènement du numérique (dématérialisation des factures, des bulletins de paie, des notes de frais…), l’automatisation de la saisie est rendue possible en combinant par exemple l’intelligence artificielle et l’OCR (Optical Character Recognition – Reconnaissance Optique de Caractère). Ces développements technologiques ont permis peu à peu de réaliser la quasi-totalité des formalités légales des clients via des services dématérialisés. Cette automatisation de certaines tâches historiques de la profession est au fondement de ce phénomène de transition.

Cette mutation est également favorisée par l’émergence de nouveaux acteurs en matière d’édition et de nouvelles offres pour les cabinets et/ou pour les entreprises. En effet, les chefs d’entreprise, plus spécifiquement de petites entreprises, ont désormais la possibilité de gérer leurs comptes sans faire appel à un expert-comptable. Certaines startups positionnées sur ce marché proposent par exemple des plateformes digitales de pré-comptabilité, de gestion et de visualisation de trésorerie, directement adressées aux dirigeants. Cette nouvelle ‘concurrence’ pousse les experts-comptables à devoir capitaliser sur leur expertise et leur expérience pour apporter une valeur ajoutée aux chefs d’entreprise. En effet, ces derniers sont de plus en plus exigeants. Habitués à l’instantanéité rendue possible par le numérique, leurs attentes envers leurs experts-comptables n’ont cessé d’augmenter. Ils ne souhaitent plus uniquement obtenir les prestations de conformité mais également des prestations à haute valeur ajoutée telles que du conseil stratégique et financier. L’expert-comptable bénéficiant d’un statut de tiers de confiance, il bénéficie d’une position idoine pour jouer ce rôle de conseil auprès du dirigeant.

Un sujet qui prend de l’ampleur  

Ces différentes tendances à la source de la transition du métier d’expert-comptable ne sont pas une nouveauté. Cependant, depuis quelques années, ce thème semble être au cœur des discussions au sein de la profession.

L’importance de ce sujet peut être expliquée par les changements réglementaires en lien avec la dématérialisation, et notamment la mise en place de la facture électronique. Le 1er janvier 2023, la facture électronique deviendra obligatoire pour les transactions entre entreprises. Au-delà du bouleversement des habitudes des entreprises et des experts-comptables, la facture électronique revêt également un enjeu concernant les données. En effet, pour l’administration fiscale, la mise en place de la facture électronique doit aller de pair avec une obligation de transmission des données.

En outre, cette transition est rendue nécessaire du fait de son impact sur l’attractivité des cabinets. En effet, comme précédemment évoqué, les attentes des dirigeants ont changé, et leur image du cabinet d’expertise comptable aussi. Le cabinet doit désormais se doter d’outils numériques pour attirer de nouveaux dirigeants et réaliser une prospection efficace. Le numérique est donc au cœur de la visibilité des cabinets et de leur réussite commerciale.

Préparer la transformation du cabinet  

La nécessité impérieuse pour la profession d’évoluer semble actée et déjà largement amorcée pour les acteurs les plus réactifs. Tout l’enjeu désormais est de préparer cette transformation pour le plus grand nombre.

Pour profiter des opportunités offertes par le numérique, les cabinets doivent notamment se doter de nouveaux outils, qu’ils soient développés en interne, achetés ou loués à des éditeurs. Ils doivent surtout définir une nouvelle proposition de valeur en partant du besoin de leurs clients, intégrer ces outils dans un nouveau modèle économique ce qui implique souvent de faire évoluer leur organisation.

Pourtant, il ne s’agit pas pour un cabinet d’utiliser l’intégralité des plateformes numériques disponibles mais de les intégrer, lorsqu’elles sont pertinentes, dans les prestations proposées aux clients. Pour ce faire, les experts-comptables devront probablement redéfinir les bornes de leur métier actuel en proposant de nouvelles prestations, ou en acceptant d’investir dans l’automatisation des prestations classiques.

Parmi les nouvelles prestations possibles, le conseil est souvent mis en avant. Ce n’est pas la seule option pour les cabinets, mais elle est souvent mise en avant car ils possèdent de nombreux atouts pour se positionner sur ces sujets.

Grâce aux interface de de data visualisation, à la collecte et à l’analyse des données de trésorerie en temps réel ou encore là a prise en compte de données de marché, il est possible de présenter les informations comptables et financières de manière plus claire et, surtout,  plus concrètes afin d’en faire un outil d’information voire de décision stratégique.

Comme l’admettront probablement d’anciens consultants, le terme ‘conseil’ veut tout et rien dire. Il peut être abordé dans une dimension technique et se confondre avec l’expertise, ou, à l’autre extrémité du spectre, consister dans une approche très généraliste et se traduire principalement par dans la sous-traitance de main d’œuvre qualifiée (jour/homme).

Du fait de sa connaissance des flux et de sa vision transverse de l’entreprise, l’expert-comptable pourra développer un accompagnement continu de son client et (re)devenir son interlocuteur sur des sujets stratégiques comme :

  • L’analyse et optimisation permanente de la performance financière
  • Le pilotage temps réel de la trésorerie
  • La veille sur le contexte économique (opportunités, menaces, benchmarking)

En outre, l’opportunité de réaliser des prestations plus ponctuelles (prenant généralement la forme d’analyses ad hoc) découle naturellement de la connaissance ainsi développée avec l’entreprise dans les contextes suivants (liste non exhaustive) :

  • La création d’entreprise ou l’ouverture d’un nouvel établissement
  • La réalisation d’une demande de financement
  • La cession ou l’acquisition d’une société ou d’un fonds de commerce
  • La valorisation du patrimoine

Ces missions prendront la forme d’une étude de marché d’une valorisation financière ou d’un benchmarking visant à positionner son client par rapport à ses pairs.

Une nécessité de repenser le business model 

Enfin, il est clair qu’envisager ce type de prestation amène à une réflexion sur le modèle économique et l’organisation du cabinet.

  • L’expert-comptable doit-il opter pour une facturation à la mission ou au livrable rendu plutôt qu’au temps passé ?
  • Comment valoriser le conseil continu ? Les cabinets doivent-ils passer d’une approche visant la refacturation des coûts à un approche basée sur la facturation de la valeur produite ?
  • Les profils nécessaires pour vendre et réaliser ce type de mission sont-ils différentes des profils « historiques » composant les cabinets? Dans le cas contraire, comment les recruter et/ou les former ?
  • L’organisation globale du cabinet peut-elle être conservée telle qu’elle ou faut-il créer un département spécifique pour ce type d’accompagnement ?