À quelle vitesse l’économie française se remettra-t-elle de l’impact du SRAS-CoV-2 ?

 

Pour donner une réponse honnête quoiqu’insatisfaisante à cette question: à ce stade de la pandémie, il est impossible de le prévoir.

Une publication récente (début mars) estime que la baisse du PIB français résultant de l’épidémie se situera entre -2% et -8% en 2020, selon différents scénarios de gravité et d’évolution de la pandémie.[1] L’INSEE estime quant à elle une perte de PIB de 3% pour chaque mois supplémentaire de confinement.[2]

La situation évoluant en permanence, il est difficile (voire impossible) de déterminer les conséquences précises de cette crise. Mais avec plus de 3 milliards d’individus actuellement confinés dans le monde, il semble certain que nous allons entrer dans une phase de réduction massive de la production et très probablement dans une récession.

Ainsi, au lieu de tenter de lire l’avenir dans une boule de cristal en essayant de quantifier la chute du PIB (qui sera sans doute sévère[3]), nous avons pensé – comme d’autres gérants de petites entreprises – qu’il serait plus intéressant de se demander à quelle vitesse nous pourrions nous relever une fois la crise sanitaire terminée.

Pour ce faire, nous avons examiné la première crise du SRAS-CoV en 2003[4] en nous demandant si, et surtout comment, les similitudes (et les différences) avec la crise actuelle pourraient nous aider à évaluer la vitesse de la reprise.

Pourrions-nous nous remettre plus vite que ce que beaucoup anticipent actuellement ?

Pour commencer sur une note positive : la crise sanitaire actuelle n’est pas de même nature que la crise financière de 2008 et il est loin d’être certain que la reprise sera aussi douloureuse que la sortie de cette crise il y a dix ans.

Au contraire, si l’on se réfère à l’épidémie de SRAS-CoV de 2003 qui a frappé la Chine et Hong Kong en particulier (et dans une moindre mesure, en termes de nombre de décès, Taiwan, le Canada et Singapour), la reprise économique pourrait être (plutôt) rapide.[5]

Les indicateurs ci-dessous sont particulièrement intéressant dans cette optique:

4 à 5 mois après l’épidémie à Hong Kong, les taux d’occupation des hôtels étaient revenus aux niveaux d’avant la crise :[6]

Une tendance similaire a été observée en Chine, où les ventes au détail ont rebondi dans les 2 à 3 mois :[7]

En fin de compte, tous les pays les plus durement touchés ont connu une croissance en 2003 et n’ont pas subi d’impacts majeurs à long terme sur leur économie :[8]

Rétrospectivement, de nombreux observateurs ont conclu que : « Les premiers rapports et estimations alarmistes sur les conséquences du SRAS n’ont pas été confirmés par les statistiques réelles. Les répercussions économiques du SRAS sur la consommation, le tourisme et les services liés aux voyages se sont avérées relativement éphémères. La peur et la panique se sont rapidement dissipées une fois l’épidémie passée. La réaction globale de la bourse a bien reflété ces évolutions […] ».[9] En outre, « […] l’impact économique du SRAS n’a pas été aussi catastrophique que […] l’avaient envisagé les médias au moment de l’épidémie« [10]

La comparaison de la situation actuelle avec la situation de la Chine et de Hong Kong en 2003 pourrait donc nous donner des indices sur la probabilité d’une reprise assez rapide.

Il existe en effet des similitudes entre les effets de ces deux crises :

  • Les secteurs qui dépendent le plus de la circulation et de l’interaction des personnes sont les plus touchés : Commerce de détail (y compris les services aux personnes), Restauration, Tourisme, Transport aériens
  • De manière générale, les petites entreprises sont plus sévèrement touchées que les grandes
  • La montée des taux de chômage est brutale et (probablement) disproportionnée par rapport à la baisse de la croissance du PIB

Toutefois, il est important de noter que deux facteurs ont une importance particulièrement déterminante sur la vitesse potentielle de la reprise:

  • La durée de la crise sanitaire
  • La confiance des consommateurs et des entreprises et, en particulier, le délai de leur redressement une fois la crise sanitaire terminée

Or, au-delà des similitudes listées plus haut avec la crise du SRAS, il existe aussi des différences importantes avec la situation actuelle. Ces différences jouent notamment sur les facteurs déterminants, c’est le cas :

  1. de la nature du virus et donc l’empreinte géographique de la crise qui en résulte et des mesures prises en réponse, ainsi que
  2. du contexte économique général.

Nous avons tenté d’énumérer ci-dessous les différences les plus importantes et la manière dont elles pourraient affecter le rythme de la reprise économique (un « + » représente un argument en faveur d’une reprise aussi rapide qu’en 2003 du fait d’une situation plus favorable qu’en 2003, et inversement pour les « -« ):

Qu’en conclure ?

  1. L’impact économique immédiat (perte de PIB, chômage, défaillances) de la crise devrait être beaucoup plus fort que pour la plupart des autres crises (y compris la crise financière de 2008).
  2. Les effets les plus négatifs toucheront surtout les consommateurs et les PME. C’est pourquoi l’aide des pouvoirs publics est cruciale pour les aider à combler d’éventuelles pénuries de liquidités pendant la crise sanitaire.
  3. La durée de la crise sanitaire (déterminée en grande partie par le respect de mesures telles que le confinement) sera déterminante.
  4. CEPENDANT, une fois la crise sanitaire terminée, certain facteurs permettent d’espérer une reprise rapide :
    • La perspective d’un vaccin et/ou d’un médicament contre le SRAS-CoV-2 existe à moyen-terme
    • Contrairement aux crises précédentes (notamment celle de 2008), la crise est liée à un choc exogène et n’est pas la conséquence d’un déséquilibre économique sous-jacent
    • Les gouvernements et les banques centrales sont plus expérimentés dans la gestion de graves ralentissements économiques
    • Au sortir de la crise sanitaire, tous les pays tendront vers la même direction en essayant de relancer l’activité économique le plus rapidement possible

Le facteur décisif de la rapidité de la reprise reposera surtout sur les attentes et la confiance de chacun d’entre nous pour les mois à venir.

À cet égard, la confiance et le soulagement résultant du fait d’avoir finalement surmonté une telle crise pourraient avoir un effet plus positif que prévu sur la volonté des gens de sortir à nouveau et de dépenser, et donc in fine sur la capacité et la possibilité pour les entreprises de recruter et d’investir.


[1] McKibbin W., Fernando R.: “The global macroeconomic impacts of COVID-19: Seven scenarios”, mars, 2020
[2] Le Monde : « Coronavirus : l’activité économique française est en chute de 35 %, selon l’Insee », 26 march, 2020
[3] The New York Times : “Coronavirus Recession Looms, Its Course ‘Unrecognizable’”, 21 mars, 2020
[4] Pour d’autres exemples regardez par exemple: The Economist: “Economies can rebound quickly from massive GDP slumps—but not always”, 19 mars, 2020
[5] SRAS a été la première épidémie majeure du 21e siècle. L’épidémie a commencé dans la province Guangdong en Chine en novembre 2002 et en août 2003 elle avait touché 29 pays avec au total 8 422 cas détectés et 916 morts. Pour une synthèse succincte regardez par exemple : Siu A., Wong R. Y. C..: “Economic Impact of SARS: The Case of Hong Kong”, 2004
[6] Siu A., Wong R. Y. C.: “Economic Impact of SARS: The Case of Hong Kong”, 2004
[7] CNBC: « 4 charts show how SARS hit China’s economy nearly 20 years ago”; 10 fevrier, 2020
[8] Données de la Banque Mondiale, 2020: https://data.worldbank.org/
[9] Siu A., Wong R. Y. C.: “Economic Impact of SARS: The Case of Hong Kong”, 2004
[10] Keogh-Brown M. R., Smith R. D.: “The economic impact of SARS: How does the reality match the predictions?”, octobre 2008
[11] Ce chiffre changera très probablement encore d’ici la fin de la crise. Pris de : Ceccarelli M., Berretta M., Venanzi Rullo E., Nunnari G., Cacopardo B.: “Differences and similarities between Severe Acute Respiratory Syndrome (SARS)-Corona Virus (CoV) and SARS-CoV-2. Would a rose by another name smell as sweet?”, 2020
[12] South China Morning Post: “Coronavirus: Hong Kong taking ‘bigger hit’ than during Sars as tourism sector suffers from ‘unprecedented downturn’”; 18 février, 2020